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Charente-Maritime: après le décès de son frère, elle se bat contre le cyber-harcèlement

Charente-Maritime: après le décès de son frère, elle se bat contre le cyber-harcèlement
Ophélie Cassi a mené l’enquête pour connaître les vraies raisons qui ont poussé son frère à se suicider.

Photo A. M.

Une aide-soignante de Soubise (Charente-Maritime) a créé une association pour mieux prévenir le harcèlement via Internet qui, pour elle, a conduit son jeune frère au suicide.

« Anthony, c’est un gentil nounours, un gars adorable… C’était ». Lorsqu’elle évoque son frère de quatre ans son cadet, Ophélie Cassi peine à parler au passé. « Je n’arrive pas à me faire à sa disparition ».

Pourtant depuis le 6 novembre 2015 où elle a appris le suicide d’Anthony, la jeune femme n’a cessé de s’interroger sur ce décès. « J’ai voulu comprendre, je ne pouvais pas croire que mon frère ait mis fin à ses jours comme ça, sans raison. J’ai vite trouvé la réponse. Il a été victime de harcèlement sur internet ».

Ophélie, 23 ans, habite encore pour quelque temps à Soubise, près de Rochefort. Aide-soignante, elle a trouvé voici un an et demi un emploi dans une maison de retraite du secteur. « Je viens de Haute-Saône, un petit village près de Vesoul. Il n’y a pas beaucoup de travail par là-bas ».

Il n’y avait pas non plus de job à la rentrée 2015 pour son jeune frère, qui avait échoué à l’examen d’un CAP en mécanique. « On l’aidait tous à trouver un nouvel apprentissage. Nous sommes une famille très soudée. » Anthony, comme 90% des jeunes de son âge, 18 ans, passait du temps sur les réseaux sociaux et notamment Facebook.

C’est en remontant le fil de son compte qu’Ophélie a trouvé ce qui est à ses yeux le motif de son geste fatal. « Ça s’est passé très vite. Le 20 octobre, il accepte pour amie une fille qui le drague. Ils échangent. Elle le flatte beaucoup, elle l’aguiche. Le lendemain, elle lui donne rendez-vous sur Skype. Le surlendemain, un autre rendez-vous, sur un autre compte skype. Bizarre ».

Au travers des messages suivants, Ophélie a compris qu’une vidéo avait été faite à l’insu de son frère. « Une vidéo de charme », dit-elle pudiquement, en tout cas pas de celle qu’Anthony avait envie de voir diffuser.

Chantage

Les messages témoignent des menaces exercées par la cyber-charmeuse. Contre le silence sur cette vidéo, elle voulait de l’argent, 1.500 euros. « Mon frère n’avait pas le début de la somme. Elle lui a fait croire qu’elle appartenait à un réseau mafieux, qu’on allait lui pourrir la vie s’il ne payait pas. Anthony la suppliait de ne pas diffuser la vidéo, il lui a même écrit que si elle continuait à le menacer, il se tirerait une balle dans la tête ». Quelques jours plus tard, il passait à l’acte avec la vieille carabine du grand-père.

Après les obsèques, Ophélie a fait part à ses parents des éléments trouvés sur le compte Facebook de son frère. La famille a aussitôt déposé plainte contre X auprès de la gendarmerie.

La brigade de recherche de Vesoul s’est saisie de l’ordinateur et du téléphone d’Anthony. Six mois plus tard, l’enquête n’est pas terminée. « Mais moi, j’ai continué la mienne. J’avais les adresses Skype indiquées à mon frère, j’ai commencé à communiquer avec ceux qui l’avaient harcelé, j’ai trouvé des liens sur Facebook ».

Pendant trois semaines, Ophélie abritée derrière un faux profil a écouté les sornettes d’un galant, qui, comme à son frère, essayait d’extorquer de l’argent. Avant de couper court et de faire passer tous les documents aux enquêteurs.

Sans attendre les suites judiciaires, l’aide-soignante a décidé de passer à l’offensive à sa manière, pour parer d’autres coups. « On ne parle pas assez du cyber-harcèlement. Pourtant, des tas de gens en sont victimes. Des jeunes, mais pas seulement ! ». Ophélie a adressé en mai les statuts de l’Association pour Anthony à la préfecture de La Rochelle.

« J’ai besoin d’échanger avec d’autres sur ce sujet et de le faire connaître. Il faut davantage de prévention. Je voudrais aider, c’est d’ailleurs mon travail d’aider ». Et déjà sur le site Facebook de l’association circulent les premiers témoignages et mots d’entraide.

Contact: associationpouranthony@orange.fr

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